Laura Glorieux

Nouveau Code pénal : quels changements concrets pour vous ?

Ce que la réforme entrée en vigueur le 1er septembre 2026 change pour les personnes poursuivies, les victimes, les parents et les entreprises.

Droit pénal · 15 octobre 2026 · Laura Glorieux

Au fil de mes consultations récentes, un constat revient régulièrement : de nombreux justiciables ignorent que le nouveau Code pénal est entré en vigueur le 1er septembre dernier. Cette réforme, toute récente, emporte pourtant des conséquences concrètes pour toute personne confrontée à la justice pénale, qu'elle soit poursuivie ou victime.

C'est la raison pour laquelle il me semble important d'en dire quelques mots dès maintenant. Depuis le 1er septembre 2026, la Belgique applique un nouveau Code pénal. Il remplace celui de 1867, modifié des centaines de fois au fil du temps mais jamais réécrit dans son ensemble. Son entrée en vigueur, d'abord prévue le 8 avril 2026, a été reportée pour laisser à la justice le temps de se préparer.

Concrètement, qu'est-ce que cela change pour vous, que vous soyez victime, poursuivi, parent ou chef d'entreprise ? Voici d'abord l'essentiel des changements, en langage clair. Puis pourquoi, en cette période de transition entre l'ancien et le nouveau Code, l'accompagnement d'un avocat est plus important que jamais.

Ce qui change

Les huit changements à connaître.

Fini « crime, délit, contravention » : place à 8 niveaux de peine

Jusqu'ici, les infractions étaient classées en trois catégories. Ce classement disparaît. Chaque infraction est désormais placée sur une échelle de 8 niveaux, de la moins grave à la plus grave :

  • Niveau 1 : aucune peine de prison possible (par exemple la calomnie ou l'outrage).
  • Niveau 2 : la prison apparaît, de 6 mois à 3 ans (par exemple le vol simple).
  • Niveaux 7 et 8 : les faits les plus graves, jugés par la cour d'assises. Le niveau 8 peut aller jusqu'à la réclusion à perpétuité.

Les circonstances aggravantes font monter une infraction d'un ou plusieurs niveaux ; les circonstances atténuantes permettent au juge de descendre. Exemple : un vol commis la nuit, désormais définie comme la période entre 21 h et 5 h, est puni plus sévèrement qu'en journée.

Pour vous

La peine encourue devient plus lisible. Mais attention, les niveaux peuvent monter vite lorsque plusieurs circonstances aggravantes s'additionnent.

La prison devient le dernier recours

C'est le changement de philosophie le plus important. Le juge ne doit prononcer une peine de prison que si les autres peines (peine de travail, probation, surveillance électronique, amende…) ne permettent pas d'atteindre les objectifs de la sanction. S'il choisit malgré tout la prison, il doit expliquer pourquoi.

Pour la première fois, la loi dit aussi à quoi sert une peine : exprimer la désapprobation de la société, contribuer à restaurer l'équilibre social et réparer le dommage causé par l'infraction.

Une nuance importante : pour les faits plus graves, à partir du niveau 3, la prison reste la peine principale prévue par le texte.

Pour vous

Si vous êtes poursuivi, votre situation personnelle (emploi, famille, démarches déjà entreprises, réparation proposée à la victime) peut peser davantage dans le choix de la peine. Préparer ces éléments avec votre avocat devient essentiel.

L'état d'esprit de l'auteur compte davantage

Le nouveau Code précise ce que les juristes appellent l'« élément moral » : avoir matériellement commis un acte interdit ne suffit pas toujours. Selon l'infraction, il faudra établir que la personne a agi intentionnellement, en connaissance de cause, ou avec un défaut grave de prévoyance ou de précaution.

Exemple en matière de roulage

Lorsqu'un accident cause un décès, le juge examinera la conscience du risque et la gravité de l'imprudence. Conduire après avoir bu ou le téléphone en main ne sera pas apprécié comme une simple fatigue après une nuit de travail. Une faute jugée légère pourrait ne pas mener à une condamnation pénale, la victime ou ses proches gardant la possibilité d'obtenir réparation devant le juge civil.

De nouvelles infractions… et d'autres qui disparaissent

Font leur apparition, notamment :

  • l'écocide, pour les atteintes à l'environnement d'une gravité exceptionnelle ;
  • l'incitation au suicide ;
  • les infractions prévues par les lois anti-discrimination, désormais intégrées au Code.

Les règles sur les infractions sexuelles (viol, consentement, inceste), déjà réformées en 2022, sont reprises dans le nouveau Code.

À l'inverse, certaines infractions quittent le Code pénal, comme le bruit et le tapage nocturne : les nuisances sonores relèvent désormais d'autres réglementations, notamment régionales.

Des peines plus lourdes pour certains faits

Le nouveau Code sanctionne plus sévèrement :

  • les violences intrafamiliales ; le féminicide et le meurtre intrafamilial figurent au sommet de l'échelle des peines ;
  • les violences contre les personnes qui exercent une fonction sociale (policiers, médecins, enseignants…) ;
  • le terrorisme.

Le trafic de drogue organisé, en particulier pour les dirigeants de réseaux, pourrait lui aussi être réprimé plus durement.

Pour les victimes

Certaines violences, notamment au sein du couple et de la famille, sont désormais nommées et sanctionnées plus clairement.

Entreprises : une infraction ne doit plus être rentable

  • Une nouvelle peine pécuniaire peut être calculée en fonction du bénéfice que l'auteur a tiré, ou espérait tirer, de l'infraction, en plus de la confiscation.
  • Les sociétés peuvent être condamnées à une prestation en faveur de la communauté, l'équivalent de la peine de travail pour les personnes physiques.

Les jeunes sont aussi concernés

Le droit de la jeunesse relève des Communautés, mais il doit être adapté aux nouvelles notions du Code pénal. En Fédération Wallonie-Bruxelles, un travail d'harmonisation du Code de la prévention, de l'aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse est en cours. Les mineurs poursuivis pour un fait qualifié infraction et leurs familles sont donc directement concernés par cette transition.

Deux nouveautés… pour plus tard

Deux nouvelles peines sont prévues, mais leur mise en œuvre n'est attendue qu'en 2035 :

  • le traitement sous privation de liberté, pour les auteurs souffrant d'un trouble psychiatrique qui a contribué aux faits, pris en charge dans des structures adaptées plutôt qu'en prison classique ;
  • le suivi prolongé, qui permettra, dans certains cas graves, d'encadrer une personne après sa peine de prison pour limiter le risque de récidive.

En résumé

L'essentiel en cinq points.

  • Depuis le 1er septembre 2026, un seul Code, plus clair, avec 8 niveaux de peine.
  • La prison devient le dernier recours, et le juge doit justifier son choix.
  • L'intention et le degré d'imprudence de l'auteur comptent davantage.
  • Nouvelles infractions (écocide, incitation au suicide), peines alourdies pour les violences intrafamiliales et les violences contre les personnes exerçant une fonction sociale.
  • Pour les faits antérieurs au 1er septembre 2026, la loi la plus douce s'applique.

Un droit en transition

Pourquoi l'avocat est aujourd'hui indispensable.

Le nouveau Code est en vigueur, mais l'ancien n'a pas disparu pour autant. Pendant plusieurs années, les tribunaux vont devoir appliquer l'un ou l'autre, et parfois comparer les deux, selon la date des faits. C'est ce qu'on appelle le droit transitoire, et c'est précisément là que l'assistance d'un avocat fait la différence.

Deux Codes coexistent

Les faits commis jusqu'au 31 août 2026 relèvent en principe de l'ancien Code ; ceux commis depuis le 1er septembre 2026, du nouveau. Mais lorsque des faits anciens sont jugés aujourd'hui, c'est la loi la plus douce pour la personne poursuivie qui s'applique. Une même affaire peut donc devoir être examinée à la lumière des deux textes.

Trouver la loi la plus douce n'a rien d'automatique

Il faut comparer les deux régimes, infraction par infraction :

  • la définition de l'infraction et ce qu'il faut prouver pour la retenir ;
  • l'intention ou le degré d'imprudence exigé ;
  • les circonstances aggravantes ;
  • la peine prévue par l'ancien Code et le niveau de peine prévu par le nouveau ;
  • les règles sur la récidive et sur le cumul de plusieurs infractions.

Un texte peut être plus favorable sur un point et plus sévère sur un autre. Le juge tranche, mais c'est à l'avocat de mener cette comparaison et de démontrer quel régime vous est le plus favorable.

Une jurisprudence encore à construire

Le nouveau Code n'a que quelques semaines. Les cours et tribunaux n'ont pas encore précisé comment interpréter bon nombre de ses dispositions : la nouvelle échelle des peines, l'élément moral, les nouvelles infractions. De nombreuses autres lois ont aussi dû être adaptées en même temps. Dans cette période, les arguments se construisent dossier par dossier, et une défense attentive à ces questions peut peser sur l'issue.

Votre situation

Ce que cela signifie pour vous.

Vous êtes poursuivi

Vérifier quel Code s'applique, contrôler la qualification retenue, faire valoir la loi la plus favorable et plaider pour une peine adaptée, la prison n'étant plus prévue qu'en dernier recours.

Vous êtes victime

Veiller à ce que les faits soient correctement qualifiés, vous constituer partie civile et faire valoir votre dommage, y compris devant le juge civil si la faute n'est pas retenue au pénal.

Votre dossier est en appel

La juridiction d'appel statue après le 1er septembre 2026, la question de la loi la plus douce peut donc se poser à ce stade.

Votre enfant est concerné

Le droit de la jeunesse est en cours d'adaptation, ce qui rend l'assistance d'un avocat d'autant plus importante pour faire respecter ses droits.

Vous dirigez une entreprise

Les nouvelles peines liées au bénéfice tiré de l'infraction peuvent alourdir fortement l'enjeu financier.

Consulter tôt

Dès le début de la procédure.

Si vous êtes convoqué pour une audition par la police en tant que suspect, vous avez le droit de vous concerter avec un avocat avant d'être entendu. Les déclarations faites à ce stade et la première qualification des faits peuvent peser sur toute la suite de la procédure. En période de transition, mieux vaut ne pas attendre l'audience pour faire le point.

À lire aussi : Convoqué pour une audition : quels sont vos droits ?

Vous êtes concerné ?

Faisons le point sur votre dossier.

Que vous soyez victime, convoqué par la police, cité devant le tribunal ou dans l'attente d'un jugement, le passage de l'ancien au nouveau Code peut avoir des conséquences concrètes sur votre dossier. Je vous reçois sur rendez-vous à mon cabinet de Charleroi pour analyser votre situation et déterminer le régime qui s'applique à vous.

Cet article donne une information générale sur la réforme en vigueur au 15 octobre 2026. Il ne remplace pas un conseil adapté à votre situation personnelle.

Sources : SPF Justice – Réforme du Code pénal · SPF Justice – Entrée en vigueur au 1er septembre 2026 · BX1 – Ce qui change concrètement · Infor Jeunes – Ce qui change pour les jeunes

Le nouveau Code s'applique-t-il à votre dossier ?

Ancien ou nouveau Code, loi la plus douce : faisons le point ensemble sur votre situation.

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